Des cellules-souches à la capitale de la mode : la créatrice guadeloupéenne qui habille Paris en couleurs - à sa façon.
On a random night in Paris's 20e, I met with some brilliant women - and it was there I met Muriel Jacquet, a bright, fabulously energised fashion designer - founder of fashion brand SaNouYé. Our first conversation was a blend of my poor French (I’m learning) and her English - but between us we pieced together a conversation across both languages (well, predominantly English). Then she showed me images of her designs.
I created The Non-Conventionnelles because I was meeting so many wonderful people like Muriel and wanted to document their stories in a format that felt natural. I feel writing allows that - not everyone wants to be on camera. And I was passionate about publishing interviews in people's native language, so they could express themselves in the way that fits them best - I mean why should anyone have to succumb to the language of the writer when they can write how they truly feel?
I hope you enjoy hearing about Muriel’s story.
Sub-editor: Nour Abida.
“De ne jamais se trahir, de se faire confiance et d’éviter d’écouter les conseils de personnes qui n’ont pas tout abandonné pour mener à bien leurs projets.”
Le Food Profile de Muriel: en rafale!
Ton plat réconfort par excellence? Un éclair à la vanille (Carl Marletti)
Si tu étais un fruit ou un légume, lequel serais-tu, et pourquoi? Une mangue (et pas n'importe laquelle: celle du manguier de ma grand-mère.)
Un aliment qui te rappelle ton enfance? Du pain trempé dans un bon chocolat chaud.
Un restaurant sur ta liste? B.O.U.L.O.M., une boulangerie dans le 18e à Paris.
L'Interview
Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous décrire l'endroit qui vous a façonnée? Qu'est-ce qui vous a le plus marquée dans votre enfance en Guadeloupe – de l'ambiance à la cuisine, en passant par les petits moments du quotidien?
Je suis née à Bondy dans le 93 plus précisément et un peu avant mes 4 ans nous avons déménagé pour la Guadeloupe dont je suis originaire. Mon enfance a été simple: j’ai grandi avec 2 grands frères et il paraît que j’aimais bien être cheffe lol. J’ai grandi avec beaucoup d’animaux et j’ai une passion pour les chiens. J'ai beaucoup regardé ma maman cuisiner, jardiner, planter. Ma mère cuisinait tout: de nos pains aux raisins à nos repas. Il y avait très rarement des goûters industriels et toujours un gâteau le dimanche. Je me rappelle que j'adorais faire du pop-corn au caramel et en ramener à mes copains de classe. Je travaillais beaucoup à l’école, c’était très important pour moi d’être 1ère en classe et d'apporter de bonnes notes à la maison.
Votre héritage culturel semble intimement lié à vos créations. Comment l'énergie de la Guadeloupe continue-t-elle d'influencer votre travail aujourd'hui?
La Guadeloupe est ancrée en moi, j’en suis très fière. C’est l’endroit où je me sens calme et apaisée. J’aime beaucoup m’installer sur une plage et regarder l’horizon, Je trouve cela tellement apaisant et ressourçant surtout. J’aime prendre un livre, de l’eau de coco, une serviette et juste être posée sans parler…juste la mer et moi. Beaucoup de dessins ont été faits sur une plage (pour info je dessine très mal)
Que signifie « Sanouyé »?
SANOUYÉ qui vient de Sa nou yé signifie ce que nous sommes. C’est une expression très forte en créole que l’on dit régulièrement dans la Caraïbe (on la retrouve dans toutes les îles qui n’ont pas perdu leur héritage créole). C’est une expression qui parle de fierté, de ne jamais oublier nos racines, d’où nous venons. C’est presque une revendication de qui je suis pour me permettre de ne pas oublier mes racines et aussi pour me guider vers où je dois aller. Tradition - Transmission - Héritage - Partage
Y a-t-il eu un moment décisif qui vous a attiré vers le monde de la mode? Avez-vous remarqué une lacune dans le secteur qui vous a poussé à créer Sanouyé?
J’ai toujours adoré m’habiller et plus précisément ne pas m’habiller comme les autres et être unique. Je ne voulais surtout pas qu’on me confonde avec quelqu’un d’autre. La mode n’a pas fait partie de mon cursus de formation. Je suis avant tout une scientifique qui a fait ses armes en biologie et qui voulait travailler sur les cellules-souches embryonnaires. Dans mon cursus, j’ai surtout bossé sur des maladies comme le cancer en essayant de stopper la prolifération cellulaire (qui est le mécanisme principal de développement d’un cancer en général). J’adorais ça et je suis toujours attirée par ce milieu. Mais la réalité a été différente. L’envie d’avoir ma marque est arrivée comme un cheveu sur la soupe: je créais des jupons de gwoka (pour danser le gwoka, la musique traditionnelle de Guadeloupe, il faut une jupe et j’ai appris à la faire) puis j’ai commencé à faire des créations pour moi, à dessiner et j’avais souvent des retours “tu as acheté ça où?” Voilà en gros comment ma marque SANOUYÉ est née.
Selon vous, à partir de quand les vêtements cessent-ils d’être « simplement des vêtements » pour devenir une forme d’identité ?
Tout se passe déjà dans la projection de soi dans ce vêtement: souvent j’imagine déjà comment je peux styliser ma tenue, les accessoires, ect. Et puis il y a le regard que l’on pose sur soi à travers le miroir, la posture, le fait de redresser son buste, prendre une grande inspiration, se dire non mais je me trouve juste canon, sublime, bref peu importe les termes que vous utilisez. Cela devrait être presque comme la cérémonie du thé au Japon. Prendre le temps, s’habiller en conscience, se rendre compte du pouvoir que l’on a en se sentant bien à travers ses vêtements, l’attitude que je vais dégager grâce à tout ça.
Comment cette conviction façonne-t-elle votre approche du design et de votre style personnel?
En effet, je suis convaincue que le vêtement peut être une armure, une cape de super héros. Le vêtement n’est pas futile, le vêtement permet de s’exprimer, de révéler qui nous sommes ou encore de jouer à un jeu où nous sommes maître et le regard des autres parfois (uniquement lorsqu’il est sincère mais je préfère le minimiser car le plus important est celui que l’on a sur soi quand on se sent bien). Le vêtement peut permettre de revendiquer des choses, Me concernant je sais ce que je dois mettre pour être puissante, séductrice, amicale, je peux exprimer toutes mes facettes grâce à ce que je choisis de porter et ce de façon consciente.
Passer de la Guadeloupe à Paris est un changement radical. Quand avez-vous fait ce déménagement, et qu’est-ce qui vous a surpris, le cas échéant, dans la vie à Paris?
Oh que oui même si je venais régulièrement en Hexagone (durant mon enfance), la France reste un endroit que je ne connais pas très bien. Et je suis revenue à mes 18 ans dans la ville de Bordeaux car je voulais y faire médecine. Mon 1er choc a été le manque d’amabilité: je disais bonjour et on ne me répondait pas. Puis après ça a été ce côté standardisé: tout le monde s’habillait pareil (en hiver c’est quelque chose) et dès que je mettais des couleurs on me regardait bizarrement. Et ça reste encore le cas. Récemment j’ai une femme d’une soixantaine d’années (lors d’une présentation de mon projet face à un jury) qui m’ a dit que vu que j’utilisais des couleurs et donc ma marque sera compliquée à défendre car atypique et exotique et que cela ne peut pas plaire à tout le monde…je lui ai répondu je sais que je viens d’un paradis où les couleurs incarnent et respirent la vie et que je ne pense pas que les couleurs aient une origine. La couleur reste quand même une histoire d’absorption ou de réfraction de la lumière blanche en fonction d’une longueur d’onde (lol).
Construire une marque dans l’une des capitales mondiales de la mode est à la fois exaltant et exigeant. Quels ont été les moments les plus gratifiants jusqu’à présent, et quels défis inattendus vous ont mise à l’épreuve en cours de route?
Je n’ai pas l’impression d’appartenir à ce monde dit de la mode. J’adore les grandes maisons de couture notamment Dior et Gaultier mais c’est un milieu élitiste qui ne laisse pas forcément la place à des personnes de mon profil (sauf si j’avais beaucoup d’argent ou une famille implantée dans ce milieu). C’est presque antinomique de voir à quel point on cherche à rendre les gens beaux via des modèles qui n’existent pas dans la vie de tous les jours. Nous sommes d’accord que tu ne vois aucun mannequin lors d’un catwalk exister dans la vraie vie, n’est-ce pas? Et ce qui me fascine c’est de voir à quel point parfois rien n’est beau et tout le monde trouve ça so amazing lol. Moi ce que j’aime c’est entendre mes clientes me dire “je me suis trouvée belle”, j’ai reçu plein de compliments aujourd’hui”, “je sais que lorsque je porte tes créations elles ont toujours ce petit effet” voilà pourquoi je travaille pour que les femmes se sentent belles, fortes, remarquables et remarquées.
Mon plus gros challenge c’est de faire de cette marque quelque chose de beau, de grand et de conserver mes valeurs et mon ADN: celui de sublimer les femmes à travers leurs vêtements.
The Non-Conventionnelles célèbre les parcours qui sortent des sentiers battus. Y a-t-il eu un moment décisif qui a changé votre perspective et vous a confirmé que vous étiez sur la bonne voie?
Ce n’est pas évident de dire un oui sûr. J’ai toujours l’impression de chercher la bonne voie, le bon chemin pour y arriver car je suis très loin d’avoir atteint mes objectifs. J’ai toujours été très ambitieuse et aujourd’hui j’arrive à le dire plus fort car il n’y a pas de honte, je ne fais rien de mal en voulant réussir, gagner très très très bien ma vie et en profiter car je sais (et seule moi le sait) les efforts que j’ai dû faire, les sacrifices, la santé mise de côté, bref je mérite d’y arriver et je sais que ce bonheur même si je dois d’abord le savourer seule, ce bonheur, cette réussite me permettront d’avoir un impact social.
Pour celles qui cherchent encore leur style personnel, en particulier avec un budget limité, quels conseils donneriez-vous pour les aider à se sentir plus confiantes dans leur façon de s’habiller?
Pour moi, le plus important reste d’avoir des pièces de bonne qualité, la matière est importante, le fait que le vêtement soit bien coupé et aussi dans des tailles non-standardisées et plus proches de ce qui existe dans le réel est important. Pour un budget limité, mettez des sous de côté et achetez une belle pièce durable.
Enfin, à toutes ces femmes qui construisent de toutes pièces leurs propres rêves hors des sentiers battus, quel conseil leur donneriez-vous?
De ne jamais se trahir, de se faire confiance et d’éviter d’écouter les conseils de personnes qui n’ont pas tout abandonné pour mener à bien leurs projets. J’apprends de plus en plus à me protéger, à ne pas parler et à faire en silence. J’ai remarqué aussi que beaucoup de personnes viennent prendre votre sève, votre énergie en essayant de vous dire quoi faire. Protégez-vous, écoutez votre instinct (nous sommes des mammifères il est encore là lol) et rester focus.